Mais au moins, le CSA fait un petit pas dans ce sens jeudi 18 février 2010 en imposant à trois chaînes de télévision de diffuser sur leurs antennes, en «lieu et place», c’est à dire à l’endroit même où ces manquements ont été relevés, le contenu de la réprimande du CSA lorsqu’elles auront lieu.
Tf1, Canal + et France 2 sont visées et ont été mis en demeure, ou vont l’être, suite à des infractions relevées ces dernières semaines. Les chaînes de télévision vont se trouver soumises au même régime juridique que la presse écrite et vont se voir contraintes de placarder ces condamnations à l’endroit exact où l’infraction a été relevée.
Pour France 2, il s’agit d’un reportage dans lequel était annoncé à tort le décès d’un enfant, le 1er octobre 2009 dans le journal de 13H. Les membres du CSA s’étaient également émus de la diffusion d’images du récent tremblement de San Francisco (ou de celui du Sichuan en 2008 en Chine) utilisées par erreur par quelques chaînes pour illustrer des reportage sur le séisme d’Haïti.
Pour Canal + (et M6 également), il s’agit de la diffusion d’une séquence présentée comme un extrait d’un journal télévisé allemand où le présentateur s’amusait de la probable élection de Jean Sarkozy au conseil d’administration de l’EPAD. En réalité, cette séquence était un montage à caractère satirique.
A noter que souvent, les sources d’erreur proviennent de Twitter.
Pour Tf1, lui est reproché notamment un reportage dans le JT de 20h le 3 avril 2009 sur le projet de loi Hadopi accompagné d’images de l’hémicycle de l’Assemblée nationale plein, alors que 16 députés seulement étaient présents.
On est encore loin d’une responsabilité lourde des informations fausses qui pourraient être diffusées par ces medias considérés comme des sources fiables d’informations et susceptibles, on le sait, de provoquer des remous d’émotion dans la population française.
Mais c’est un premier pas engageant.
Mardi 9 février 2010, Arte diffusait une émission spéciale sur les dérives du journalisme intitulée « 8 journalistes en colère » , et qui présentait en 24 minutes les réflexions de notables du journalisme tentant d’expliquer la perte d’audience et de crédibilité dont ils sont les victimes.
Les critiques se sont multipliées contre cette émission après diffusion, notamment parce que les journalistes présents désignaient manifestement internet comme le coupable et le grand méchant, mais aussi comme un danger pour la démocratie et la vérité.
Les réactions à la forme empathique et manipulatrice de l’émission, à la terrible méconnaissance du net, à l’absence de contradicteur dans cette émission, à l’amalgame entre complotistes et internautes (qui a été brossé via un documentaire sur les tenants du complot du 11 septembre), a été suffisamment analysée et je ne reviendrai pas dessus (voir un article de Marianne 2 : Blogueur en colère ou cet article Effroyables imposteurs sur Arte), il n’y a rien qui vaille d’en parler.
En revanche, avec toutes les réserves que l’on peut effectivement faire sur la forme de l’émission (les questions manipulatrices qui font les réponses d’une voix en off dramatisant l’état des lieux notamment), les journalistes interrogés se sont tout de même livrés à une auto-critique de leur métier, et là il y a des choses qui valent le détour.
En tout premier lieu David Pujadas, chantre du 20h00 du France 2, fait un véritable mea culpa, et une vraie analyse d’un des problèmes du journalisme professionnel et consensuel, qui explique en effet qu’une grande partie des consommateurs d’info vont de préférence en rechercher une différente sur internet.
Voici ce qu’il déclare :
« – [...] Je crois que le problème n’est pas à côté de nous mais en nous. Je crois que le journaliste n’est soumis à personne sauf à lui-même et pour moi il souffre d’abord de conformisme et de mimétisme. La presse écrite regarde la télé, la télé écoute les radios, les radios lisent les journaux. Et on a le sentiment d’un bruit de fond médiatique avec non seulement les mêmes sujets au même moment, mais avec les mêmes mots, les mêmes enchaînements, et surtout – surtout - le même regard, la même sensibilité.
Qu’est-ce que ce regard ? Pour le résumer, c’est ce qu’on pourrait nommer le journalisme des bons sentiments [...]. Émouvoir, toucher le cœur, mettre en scène la complainte ça fait de l’audience.
Mais il y a plus que ça. Le journalisme des bons sentiments c’est aussi une bien-pensance, c’est l’idée que, par définition, le faible a toujours raison contre le fort, le salarié contre l’entreprise, l’administré contre l’État, le pays pauvre contre le pays riche, la liberté individuelle contre la morale collective. En fait c’est une sorte de dérive mal digérée de la défense de la veuve et et de l’orphelin : cette posture qui valorise le journaliste et qui a l’apparence (l’apparence) du courage et de la révolte.
L’autre problème du journalisme, c’est qu’il rend toute action politique vaine et dérisoire puisque par définition elle est imparfaite, elle ne satisfait pas tout le monde, et de toute façon, les medias valoriseront toujours ceux qui en font les frais ou qui crient le plus fort.
Alors que faire ? Sans doute tout simplement revenir aux fondamentaux du journalisme, s’écouter soi-même et laisser parler sa propre curiosité, ne pas se glisser dans un moule. »
[Suit une auto critique de son propre journal, notamment de l'affaire des suicides de France Telecom où il reconnaît s'être laissé embarqué trop vite dans la polémique sans vérifier que ce qui arrivait était effectivement singulier. Il reconnaît se laisser peut-être rouler par l'énorme vague du bruit fond médiatique sans prendre de hauteur]
Bien sûr, les critiques n’ont pas manqué contre ces propos puisque pour pertinents qu’ils soient, on a du mal à imaginer que David Pujadas les mettra à exécution, et son journal est bel et bien la caricature de ce qu’il dénonce. Mais je me démarquerai pour ma part de ces critiques trop rapides. Cette lucidité sur le métier qu’il exerce m’a agréablement étonné, et avoir conscience du mal, c’est déjà le préalable à sa guérison.
Je ne suis pas naïf, et je ne m’attend plus que vous à voir le journal du 20h00 prendre soudain de la hauteur, et ne plus se conformer à tout ce David Pujadas dénonce. Mais au moins on sait qu’il a conscience de ce problème, et que peut-être quand les rédactions y seront acculées par le net (et on y vient à grands pas) les journalistes quitteront leur manteau de faux chevalier blanc et se mettront à faire de l’info, plutôt qu’à produire de l’émotion (laissez-moi rêver).
En tout cas, David Pujadas a su, et j’en suis étonné, décrypter le mal du journalisme, ce que je n’osais dire à un journaliste qui m’interviewait sur les motivations de ce site : les journalistes décident de ce qui est bien et de ce qui est mal et contraignent, par l’émotion, nos consciences à adopter leur point de vue. L’analyse de Pujadas est encore plus poussée, et j’y vois un espoir pour le journalisme de demain.
Philippe Val, directeur de France Inter et ancien rédacteur en chef de Charlie Hebdo, dresse la même analyse.
« Le pire ennemi du journalisme, c’est sa conviction à être au service du bien et de la pureté. Le journalisme n’est pas une religion. Contre la guerre, contre le cancer, contre la misère, contre le SIDA, contre le réchauffement climatique, contre la Grippe A, contre la faim dans le monde, contre les OGM et la disparition des ours polaires, contre LE MAL ! La tentation est grande de faire primer la thèse sur les faits.
[...] Ce n’est pas parce qu’il exprime son opinion qu’un journaliste est libre et indépendant. C’est quand il pense d’abord CONTRE son opinion pour livrer ensuite son analyse. [...] Il y a des tas de sujet sur lesquels on ne peut pas discuter parce que c’est le bien, et le mal ! »
Les autres intervenants sont moins autocritiques. Ils villipendent le mauvais journalisme, sans avouer qu’ils en font partie, et villipendent surtout l’Internet, qui ouvre « une ère dangereuse » (sic).
Bon, passons sur la suite, et restons en à ces deux analyses lucides et qui méritent d’être répandues, ne serait-ce que pour forcer le journalisme institutionnel à prendre acte de cette auto critique et à se réformer enfin !
Bon, l’info n’est pas très fraîche, mais ce n’est pas le but de ce site.
Le 18 décembre dernier, Backchich info révélait que l’AFP s’était royalement trompée en croyant interviewer Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’ONU, à sa descente de l’avion. Le journaliste s’est trompé en croyant le reconnaître, et le malicieux interlocuteur a décidé de ne pas corriger le journaliste et de jouer le jeu.
Dans l’instant une dépêche AFP tombait disant que Ban Ki-Moon se montrait optimiste sur la conférence, et tous les journaux du monde de reprendre l’info, exclusive il est vrai, de l’AFP sans prendre soin de vérifier… que Ban Ki-Moon était encore à New-York. Les media ont repris l’info tous en choeur sans qu’aucun d’entre eux ne la vérifie, jusqu’à ce que l’équipe de Ban Ki-Moon en prenne connaissance 4 heures plus tard et rectifie l’info : le secrétaire général de l’ONU ne serait à Copenhague que dans deux jours !
Les journaux se sont tous aussitôt retourné contre l’AFP, consternés d’une telle bourde, mais aucun semble-t-il ne s’est interrogé sur ses propres compétences et leur absurde excitation à relayer une info exclusive sans prendre le temps de la vérifier au moins un minimum (« Tiens, il est déjà arrivé à Copenhague ? C’était son planning ? »).
Non, l’exclusivité compte plus que la véracité, mieux vaut être premier sur le coup que donner des infos exactes.
Cet exemple de l’AFP est mentionné parce qu’il a été relayé par Backchich info, mais tous les jours nous voyons des dépêches AFP tomber sans qu’elles ne contiennent la moindre trace de vérité et sans que personne ne les contrôle. Pourtant, elles sont répétées, et répétées, et répétées partout, par tous les médias… ou presque.
Quelques journaux prennent leur temps avant de reprendre une dépêche AFP, et croisent leurs propres sources d’information. J’ai repéré « Le Monde » un jour, qui changeait de ton d’avec la dépêche AFP, mais il y en a sûrement d’autres. Et pas ceux qui se prétendent les plus sérieux !
Les résultats montrent que 71% des français (des sondés en tous cas) portent de l’intérêt aux informations, contre 28% qui ne sont pas intéressés. Des chiffres dans les moyennes depuis 1987. Les plus intéressés par l’information sont les utilisateurs d’internet et ceux qui lisent la presse.
La confiance pour la véracité va d’abord à la radio (60% de confiance) , puis aux journaux (55%), puis à la télé (48%), puis à l’internet (35%). Paradoxalement, c’est quand même par la télévision que la majorité des sondés s’informent, loin devant les autres médias. Toutefois, plus le sondé est qualifié, moins il regarde la télé. Elle reste dans tous les cas en tête.
Ces résultats m’étonnent, car une autre étude, il me semble, montrait un chiffre beaucoup plus élevé pour la confiance et la consommation de l’information issue d’internet… A suivre.
Globalement les journaux et l’internet sont en gain de confiance de façon assez prononcée. Elle reste relative cependant : on ne s’attend pas à des informations exactes dans les médias quels qu’ils soient, mais seulement proches de la réalité.
Les journalistes professionnels sont sévèrement jugés comme peu indépendants face aux partis politiques ou à l’argent. Cet indice est à son maximum depuis 1993, et aucun moyen d’information ne bénéficie de clémence. Les sympatisants de gauche sont les plus critiques à cet égard.
Les hommes sont davantages « lecteurs » (presse, internet) et les femmes « spectatrices » (radio, télé). Les moins de 35 ans et les professions qualifiées s’intéressent davantage à l’info par internet.
Pour les sondés, l’avenir appartient à la presse gratuite et à l’information sur internet gratuite et payante ! La télé et la radio ne bougeront pas, et la presse écrite payante sera en berne. Les mesures à prendre selon eux pour sauver la presse écrite réside dans une sensibilisation des jeunes à lire cette presse, et dans une meilleure qualité d’information de la part de cette presse ! L’étude révèle aussi une saturation des sondés sur certains sujets comme la grippe A, la mort de Michael Jackson, la maladie de Johnny Hallyday ou la main de Thierry Henry. Les médias ne savent manifestement pas passer à autre chose quand ils tiennent un sujet !
Voilà un bilan intéressant, même s’il manque des questions sur les relations entre media traditionnels et infomation sur internet. Mais le sondage est commandé par un journal papier qui s’intéresse donc surtout à ses problématiques, on ne peut pas lui en vouloir.
Merci en tout cas à lui de rendre ces résultats accessibles.